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Désir voilé

Aux confins du vrai et du fantasme, j’ai reconstitué la géographie labyrinthique d’une femme, Sainte Thérèse de Lisieux, qui rêve du beau Christ lumineux, objet inaccessible de son amour.

 

Dans ce parcours d’images, jaunes comme le soleil des mystiques, s’est glissée une femme « pécheresse », un double impie qui, comme la sainte du Carmel, rêve d’amour fou et d’idéal fusionnel.

En prise avec la solitude de l’être, ces deux figures déjouent étrangement les catégories de l’érotique et du mystique.

 

Préface de François Angelier ci-dessous.

« Prenons donc la bouche, l’œil, la main. Ces moments du corps qui, extatiques, révulsés, crispés, nous disent l’instant ravissant, l’extase tendre ou la syncope abyssale. Serrons le cadre sur eux, puis lentement, bien lentement, élargissons. A quel instant comprenons-nous qu’il s’agit d’autre chose, non de Dieu mais du corps, de cette façon d’user du corps comme d’un Dieu, de faire servir Dieu aux fastes du corps. Le contraire est possible, tout aussi bien : non de jouir mais de joie. A quel moment ? Qui guette, hors-champ ? Dieu ou diable ? Car c’est bien cet instant, là, qui compte, où l’on sait la fusion, les confuses façons. A quel moment sait-on qu’il ne s’agit pas d’un corps soumis mais d’une âme offerte, d’une âme soumise mais d’un corps offert. Erotisme et sainteté, à l’œil nu, tout un temps, se confondent. La hardeuse et l’extatique font corps commun : mêmes mains, bouches égales, yeux frères. C’est sur le fil douloureux de cet instant où tout est encore semblable, la fille et la sainte, qu’avance Nicole Caligaris, dans une nuit putride et froide, dans un léger débordement d’aurore, errant dans le château scellé, dans le caveau moisi, entre vertige et vomissement, révulsion et pantomime, entre retrait et appel. Qui se joue de moi, Lui toujours ? Quelque autre plus commun ? Enfuie la joie, reste la terre dans la bouche. A ce funambulisme intérieur, les images de Philippe Bertin apportent un jour cru, une lumière citrine de plaie citronnée pour éclairer jusqu’à les dissoudre des visions de temples, de croix communiantes, de corridors affamés de rencontres, de jeux proscrits, d’impudeur calme. Le mystère gagne à s’épaissir. Quelqu’un est passé par moi, se passe de moi ? Qui ? »

François Angelier, Paris, 6 août 2002

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